Un dispositif
qui
déstabilise
la
formation

Si l’UNECD, qui fédère les associations représentatives des 16 facultés de chirurgie dentaire en France, approuve la philosophie de la loi anti-cadeaux, elle est plus réservée quant à son application pour la population étudiante. Difficultés financières, approche excessive et contraignante jusque dans la mise en œuvre des projets solidaires, la loi anti-cadeaux vertueuse dans ses intentions, s’avère délicate et exagérée pour l’UNECD. Matthias Roca, son vice-président, nous explique pourquoi.
Publié le 22 avril 2021

LES ÉTUDIANTS EN CHIRURGIE DENTAIRE SONT DÉSORMAIS CONCERNÉS PAR LA LOI ANTI-CADEAUX. QUEL EST L’IMPACT POUR EUX ?

Matthias Roca : Cette loi consiste à lutter contre la corruption, ce que nous approuvons totalement. Mais son application est brutale pour les étudiants, surtout en odontologie, qui ont de nombreux partenaires distribuant des dispositifs médicaux. La loi anti-cadeaux est nécessaire pour instaurer l’ordre et le contrôle dans les relations mais elle est extrême. Elle ne prend pas en compte les spécificités de certaines professions ni des associations étudiantes. Elle s’applique sans doute mieux aux praticiens qu’aux étudiants qui, pourtant, sont le plus durement touchés.

La loi interdit ainsi aux entreprises de procurer de l’hospitalité aux étudiants en formation initiale, directement ou indirectement. Cela concerne donc les repas, les frais de transport, le logement et les frais d’inscription à des congrès scientifiques. Initialement prévue pour concerner tous les professionnels de santé, elle ne s’applique, en réalité, qu’aux associations étudiantes. Cette loi nous freine aussi dans l’organisation de nos événements. Les entreprises qui interviennent dans nos congrès scientifiques, au niveau national ou sur des forums pour les associations locales, avaient pour habitude de payer jusqu’alors une prestation de service. Celle-ci leur permettait d’intervenir auprès des étudiants et/ou de leur faire une démonstration du matériel. Aujourd’hui ceci n’est plus possible juridiquement parlant.

Préserver l’indépendance du professionnel de santé est essentiel. Mais il existe une différence entre un médecin qui va être subventionné pour prescrire un seul type de médicament, ce qui va à l’encontre des principes éthiques et de l’intérêt du patient, et un chirurgien-dentiste qui assiste à des congrès scientifiques pour tester différentes fraises ou turbines afin de se faire sa propre opinion. Pourtant les deux situations sont considérées de la même manière.

VOUS N’AVEZ PAS PU FAIRE ENTENDRE VOTRE POINT DE VUE SUR CETTE LOI ?

M R : Non car, historiquement, elle était demandée par les syndicats d’internes en médecine. Ils souhaitaient plus de transparence, ce qui est louable, mais n’ont pas considéré l’avis des autres associations étudiantes de professions de santé. Nos relations avec les entreprises du secteur dentaire sont saines, bien qu’elles doivent être repensées depuis l’application stricte de ce texte.

QUELLES SONT LES RÈGLES IMPORTANTES DE CETTE LOI À RETENIR POUR LES ÉTUDIANTS ?

M R : Par principe, ils doivent retenir que tout est interdit ! Cette loi autorise uniquement les avantages de valeur négligeable comme des repas impromptus ou des fournitures de bureau à condition que les montants ne dépassent pas 20 ou 30 €. Il reste tout de même les dons qui financent les activités de recherche mais cela concerne uniquement le 3e cycle. Pour les autres étudiants en odontologie, la notion de recherche et les activités scientifiques se retrouvaient principalement lors des congrès nationaux et forums locaux. Mais si nous ne pouvons plus les organiser en raison des règles restrictives liées à l’hospitalité alors nous sommes dans une certaine impasse.

POUVEZ-VOUS NOUS EN DIRE PLUS SUR LA PLACE QU’OCCUPENT LES INDUSTRIELS DANS LA FORMATION DES ÉTUDIANTS ?

M R : Que ce soit au sein des facultés ou auprès des associations étudiantes, les industriels occupent une place centrale. Le matériel dentaire, essentiel aux travaux pratiques des étudiants, a un coût non négligeable. Le budget alloué aux facultés pour la mise à disposition de ce matériel étant loin d’être suffisant, le recours aux industriels est de fait indispensable pour une formation de qualité 1.

LA LOI VA-T-ELLE MODIFIER CES RELATIONS VOIRE ENTRAÎNER DES CHANGEMENTS DANS LES ENSEIGNEMENTS ?

M R : Si la loi est appliquée strictement, à savoir l’interdiction de tout, les relations vont s’avérer modifiées. Encore une fois, les spécificités de chaque filière de santé n’ont pas été prises en compte. Et dans notre formation, les industriels interviennent énormément en raison du coût du matériel. Nous essayons donc de développer des liens avec d’autres partenaires qui ne commercialisent pas de dispositifs médicaux afin de maintenir nos activités, événements ou congrès scientifiques. Même pour nos projets de solidarité, où nous négocions parfois du matériel, des brosses à dents ou du dentifrice, nous nous retrouvons souvent bloqués par cette loi.

DEPUIS L’ENTRÉE EN VIGUEUR DE LA LOI, AVEZ-VOUS PU COMMUNIQUER AUPRÈS DES ÉTUDIANTS SUR CE SUJET ?

M R : Nous informons régulièrement tous nos étudiants sur l’actualité de notre profession. Nous avons avec Alexandre Vigne (président de l’UNECD) récemment formé les vice-présidents en charge des partenariats au niveau des associations locales sur l’application, les tenants et aboutissants de la loi anti-cadeaux. C’est pourquoi nous restons confiants sur notre capacité à rebondir pour maintenir nos missions de représentation, d’information et d’animation de la vie étudiante.

1 Dossier de presse coût des études de l’UNECD

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