Faire avancer la connaissance pour faire reculer la violence

Des insultes qui fusent, des gestes déplacés, des claques qui s’abattent sur des visages… Ce n’est pas la scène finale d’un film d’action, mais bien la réalité. La nôtre. En 2024, 388 de nos confrères et consœurs ont déclaré avoir subi des violences dans leur cabinet.
En 2021, ils étaient 177. Cette augmentation des agressions doit d’autant plus nous faire réfléchir que ces chiffres ne sont qu’une sous-représentation de la réalité car un certain nombre d’agressions verbales et physiques sont encore tues.
Et puis, il y a celles que nous voyons sans toujours pouvoir les nommer : des visages tuméfiés, des regards fuyants, des mots retenus, des larmes contenues.
Ces violences intrafamiliales, commises derrière des portes closes, frappent sans distinction, mais prennent trop souvent pour cibles des femmes et des enfants. Alors, comment réagir ?Que pouvons et que devons-nous faire ?

Tous ces actes nous amènent à nous poser tellement de questions que nous avons tenu à leur apporter des réponses concrètes dans ce nouveau numéro de Tooth.
Je ne veux pas m’égarer trop longtemps sur les circonstances qui pourraient motiver ces violences. Certains évoqueront la difficulté d’obtenir un rendez-vous en urgence, la douleur insupportable, la frustration d’une attente jugée trop longue.
Je sais tout cela mais nous ne sommes pas des punching-balls.
Ni nous, ni nos équipes. S’il peut y avoir de bonnes explications, il ne peut y avoir de mauvais comportements dans nos cabinets.Notre métier va bien au-delà du soin médical.
Nous écoutons, nous accueillons, nous rassurons. Nous sommes des amortisseurs sociaux. Dans nos salles d’attente et nos cabinets se déversent mille angoisses : la peur du chirurgien-dentiste, le paroxysme de la douleur, les contrariétés des attentes, les angoisses personnelles, le stress professionnel, les souffrances intimes. Nos études ne nous ont pas vraiment préparés à gérer cette détresse humaine. Le sujet était éludé, au mieux survolé. Pourtant, nous y sommes confrontés chaque jour.Heureusement, des formations existent aujourd’hui pour nous aider à mieux appréhender ces situations.
Toutefois, je constate que de tels programmes n’existent pas assez pour nos assistantes dentaires. Or, elles sont les premières exposées à ces flots d’insultes, de menaces et d’agressions. Il est urgent qu’elles soient, elles aussi, formées et soutenues.
Seul, on s’épuise. Ensemble, on résiste.

Alors que certains aimeraient nous réduire à de simples techniciens de la dent, notre rôle d’écoute et d’actions en tant que professionnel médical est incontestable. Notre cabinet est le lieu d’échange, de confessions très souvent intimes, intimes comme la bouche.
Oui, nous avons un rôle à jouer pour repérer et aider nos patient(e)s victimes de violences intrafamiliales.
Aujourd’hui, avec ce numéro de Tooth, nous voulons briser le silence et vous interpeller.Nous voulons mettre des mots sur des maux.
Nous voulons faire avancer la connaissance pour faire reculer la violence.
Alors ne subissons plus, ne nous taisons plus. Formons-nous, parlons-nous, soutenons-nous. C’est ainsi que nous protégerons au mieux nos équipes, nos confrères et ceux qui viennent à nous, pour être soulagés, pour être entendus.