Ces violences cachées qui se dévoilent sur nos fauteuils

Publié le 25 mars 2025

En France, 1 femme sur 10 est victime de violences et 70 % des coups sont portés au visage. En première ligne face aux conséquences physiques et psychologiques, le chirurgien-dentiste occupe une position stratégique pour repérer ces violences et accompagner les victimes. Quels sont les signes d’alerte ? 
Comment aborder le sujet et orienter les patients victimes en toute bienveillance ? Cet article nous apporte des clés concrètes pour agir efficacement.

Comprendre les mécanismes de la violence

Les violences intrafamiliales diffèrent des conflits de couple par leur caractère répétitif, persistant et croissant. Elles reposent sur des dynamiques de pouvoir, de contrôle et de domination, connue aussi sous le nom d'emprise. Les conséquences pour les victimes sont multiples : peur, honte, isolement, altération de la santé physique et mentale.
Les violences intrafamiliales touchent majoritairement les femmes, mais aussi les enfants qui en sont co-victimes, déjà par le simple fait d’en être témoin.

Les chiffres des violences en France

  • 1 femme sur 10 en France est ou a été victime de violences (1 sur 7 en 2021).
  • 70 % des coups sont portés au visage.
  • 80 % des victimes ne déposent jamais plainte et 50 % n’en parlent à personne.
  • En 2022, 157 décès liés aux violences conjugales (118 femmes – soit 1 féminicide tous les 3 jours -, 27 hommes, 12 enfants).
  • Le coût des violences conjugales pour la société est estimé à 3,6 milliards d’euros par an.

Améliorer le repérage des victimes

Les violences intrafamiliales sont un enjeu de société et de santé publique. Le chirurgien-dentiste, par son rôle de soignant, joue un rôle primaire dans le repérage des victimes de violences. Sensibilisons-nous à ces signes cliniques et situations à risque qui permettent de nous alerter : 
  • Plaies, hématomes.
  • Érosion, récidives de fractures dentaires ou de prothèses, descellement de prothèse à répétition.
  • État dentaire délabré et caries profondes liées à un retard de consultation.
  • Hypervigilance, anxiété, troubles alimentaires, excès d’hygiène.
  • Retards aux rendez-vous, refus de soins.
  • Douleurs et troubles de l’articulation temporo-mandibulaire (ATM unilatérales), surdité unilatérale, conséquences des coups portés.

Prêtez attention à ces profils et situations :

  • La grossesse est une période à risque : 40% des violences ont lieu lors de la première grossesse (le BBD de maternité peut être l’occasion d’en parler).
  • Les personnes en situation de handicap ont plus de risque de subir des violences.
  • Les enfants vivant dans un foyer violent sont des victimes directes ou indirectes.
  • Les violences peuvent aussi être invisibles. Ce sont les violences économiques et administratives. Prêtons attention à nos patients qui ne disposent pas de leur propre moyen de paiement (hors cas de tutelle).

Pourquoi est-ce si important ?

La prise en compte des violences permet d’éclairer le tableau clinique, d’éviter l’échec thérapeutique et d’assurer une prise en charge optimale des patients. En découle alors la légitimité du chirurgien-dentiste à intégrer un questionnement systématique sur les violences lors du questionnaire médical, dans le respect du secret professionnel.

Comment recueillir la parole de nos patients ?

L’interrogatoire médical doit inclure la question des violences. Voilà comment les formuler : 
« Comment vous sentez-vous à la maison ? » 
« Avez-vous subi des violences physiques, verbales, psychiques, sexuelles, au cours de votre vie ? »

Accueillir et accompagner la victime

L’accueil bienveillant et sans jugement est primordial. Le praticien doit : 
  • Croire la victime sans exiger de preuves.
  • La rassurer sur le secret médical.
  • Expliquer les recours disponibles.
  • Rédiger un certificat médical initial si nécessaire.

Établir un certificat médical initial

Le certificat médical initial n’est pas obligatoire pour déposer plainte. En revanche, il constitue un élément de preuve pour le procureur de la République. Proposons-le à nos patients.

Travailler en réseau pour une prise en charge efficace

Une fois le repérage fait, il convient de soigner et d’orienter les patients vers les structures d’aide de notre département, voire de déposer un signalement au procureur de la République pour les personnes vulnérables, sous emprise ou en danger. 
Une prise en charge optimale nécessite une collaboration avec d’autres professionnels et structures. Qui sont nos interlocuteurs ? 
  • Les référents violences du Conseil départemental de l’Ordre des chirurgiens-dentistes (CDO), en lien avec les associations d’aide aux victimes, les services sociaux et judiciaires.
  • Les autres professionnels de santé (médecin traitant).
  • Les dispositifs d’urgence. Incitons notre patient(e) à appeler le 15 ; à se présenter aux urgences ; à déposer plainte ; à appeler le 3919, numéro national d’aide aux femmes victimes de violence, à leur entourage et aux professionnels concernés ; et à consulter la plateforme de signalement arretonslesviolences.gouv.fr.

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