La rébellion des bactéries

Tous les ans en France, 125 000 patients développent une infection liée à une bactérie résistante.Selon l’OMS, ce phénomène est l’une des menaces les plus sérieuses pour la santé publique. Il pourrait devenir d’ici à 2050 une des premières causes de mortalité dans le monde avec jusqu’à 10 millions de morts. Retour sur ce nouveau fléau.
Publié le 9 mai 2022

Quand les bactéries font de la résistance…

L’antibiorésistance est la capacité d’une bactérie à résister à l’action d’un antibiotique. Celle-ci développe des mécanismes de défense comme la production d’une enzyme modifiant ou détruisant l’antibiotique, une modification de la cible de l’antibiotique ou une imperméabilisation de la membrane de la bactérie.  

Ce phénomène touche aussi bien les bactéries à l’origine des infections (bactéries pathogènes) que les bactéries naturellement présentes dans notre corps (donc inoffensives). L’antibiorésistance concerne également les animaux et impacte de façon significative l’environnement. Lorsque la résistance se développe chez l’une ou l’autre de ces espèces bactériennes, elle peut être transmise à d’autres espèces et ainsi contribuer à l’amplification du phénomène.  

Plus préoccupant encore, la résistance acquise qui touche les bactéries sensibles. Elles surviennent via une mutation génétique du chromosome de la bactérie ou via l’acquisition de matériel génétique étranger porteur d’un ou plusieurs gènes de résistance. Cette dernière représente 80% des résistances acquises.

Plusieurs facteurs en cause

La forte utilisation des antibiotiques en santé humaine et animale est en grande partie responsable de l’augmentation des résistances bactériennes. C’est leur efficacité remarquable qui a encouragé leur usage massif. Leur consommation en France demeure d’ailleurs environ 30% supérieure à la consommation globale moyenne en Europe1.
Leur utilisation de manière répétée et/ou mal employée (traitement trop court, trop long ou mal dosé), crée une pression de sélection sur les populations bactériennes.  
Cette dernière entraîne l’apparition de souches résistantes. On parle de bactéries multirésistantes, voire toto-résistantes (résistantes à quasiment tous les antibiotiques disponibles). Dans ce cas, nous sommes dans une impasse thérapeutique.

De plus, il faut noter que, pour les bactéries qui sont communes à l’homme et aux animaux, une antibiorésistance acquise chez un animal se diffuse également directement chez l’homme pour les mêmes bactéries2.

Enfin, d’après le rapport de l’Anses de novembre 2020, l’activité humaine a contribué à introduire des antibiotiques dans l’environnement. Leur dégradation mène “à des produits de transformations peu connus. Les éléments génétiques mobiles peuvent persister plus longtemps dans l’environnement et pourraient représenter un risque s’ils sont présents en grande quantité car intégrables par des bactéries sensibles”.

Un problème de santé publique mondial

L’antibiorésistance a dépassé le stade de rareté et de présence quasi exclusive dans les hôpitaux. Elle est responsable de 700 000 morts par an dans le monde. Quand un patient est atteint d’une infection à bactérie multirésistante, il est nécessaire d’utiliser des antibiotiques de deuxième intention.  
Ces derniers sont parfois moins efficaces, plus toxiques et délivrés uniquement par voie parentérale. Les patients mettent alors plus de temps à guérir et ont un risque accru de complication.  

Bien qu’encourageants, les progrès sur la résistance des bactéries aux antibiotiques sont à poursuivre et à renforcer. D’autant que des bactéries devenues résistantes aux antibiotiques ont été identifiées dans la plupart des infections : cutanées, sexuellement transmissibles, urinaires ou des voies respiratoires (pneumonies…), méningites… La lutte contre l’antibiorésistance est donc un enjeu majeur de santé publique. Selon l’OCDE, en 2020, la France demeure encore parmi les cinq pays les plus consommateurs d’antibiotiques en Europe.

1 Santé publique France. Résistance aux antibiotiques - 2019
2 Les animaux traités par antibiotiques peuvent être porteurs de bactéries résistantes aux antibiotiques. Ces bactéries peuvent être transmises à l’homme par l’ingestion d’aliments contaminés lors de la chaîne de production alimentaire, ou par contact direct avec les animaux.

 

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